« … Approchez,
approchez mesdames et messieurs, entrez dans notre petit
théâtre des horreurs. Venez frémir, venez
trembler, venez gémir et frissonner. Ici pas de pitié ni
de miséricorde, pas de vainqueurs, ni de gagnants… Au
cabaret des Gueules Cassées, il n’y a que
des perdants.
Entrez, entrez, il y aura de la place pour tout le monde.
N’ayez pas les grelots, Monsieur, de toute façon…Vous n’avez
aucune chance d’en réchapper !!! Allons-y ma jolie, j’espère
que vous avez le cœur bien accroché. Ne vous bousculez pas, personne
ne s’en sortira… »
De 1914 à 1918, ils furent dix millions à laisser leur
vie dans la plus grande boucherie que l’humanité ait connue.
Qu’ils soient paysans, artisans, étudiants ou poètes,
anonymes ou célèbres, érudits ou incultes, ils
prirent la plume pour raconter leur guerre. Lettres enfouies, romans
célèbres, carnets de guerre rongés par les rats …
Ces
textes resteront à jamais le cri d’une génération
sacrifiée qui n’hésita pas à faire le don
d’elle-même. De ces paroles saisissantes, nous avons fait
un spectacle, rugueux et violent, gouailleur et fantasque à l’image
de ces hommes, unis dans la souffrance et la mort. Un hommage vibrant
et vivant à ceux qui partirent la fleur au fusil et ne revirent
jamais les leurs, aux hommes de boue qui eurent peur, faim, froid, à ceux
qui croyaient qu’elle serait la dernière…
Le
propos.
MEMOIRE
VIVE «
Puissent donc Maurice Maréchal… EtienneTanty…Et
tous les autres dormir du dernier sommeil des Justes,
assurés que leurs écrits apprendront aux jeunes
générations à se
méfier des grands experts de la manipulation en électeurs,
foules et opinions publiques, qui savent si bien nous entraîner dans
de « nouveaux Verdun »,à
Bagdad ou ailleurs, pour mieux ensuite nous faire oublier la véritable
dimension de l’histoire… » Jean-Pierre Guéno
Etrange
coïncidence, à l’heure où ces
lignes s’écrivent, disparaît le dernier
poilu français. Ils ne sont plus qu’une poignée
dans le monde, ultimes survivants d’une génération
décimée qui n’avait pas voulu cela, livrés
en pâture aux fauteurs de guerre et autres propagandistes
de tous poils. Ils furent dix millions à laisser leur
vie dans la plus grande boucherie que l’humanité ait
connue.
Sans illusions sur les motifs de cette guerre, ils accompliront
leur devoir jusqu’au bout, allant souvent jusqu’au
sacrifice ultime.
Ce spectacle se veut comme un hommage vibrant et vivant à ceux
qui partirent la fleur au fusil et ne revirent jamais les leurs,
aux hommes de glaise qui eurent peur, faim, froid,
à
ceux qui croyaient qu’elle serait la dernière… S’ils
avaient su…
LA PAROLE LIBEREE
« Ceux
qui dorment dans ce sol bosselé étaient
des humbles. Ils n’employaient pas de ces grands mots
que l’on dépose, de même que des couronnes mortuaires çà et
là sur leurs tombes… » Pierre Mac Orlan
Il paraîtrait qu’on a tout dit sur la « Grande
Guerre ». On a tout dit sur ses batailles. On a tout
dit sur ses grands stratèges.
On a tout dit sur la bravoure de ses soldats, leur sens du
devoir et leur esprit de sacrifice.
N’était-ce pas pour mieux masquer « …la
stupidité des
généraux et des gouvernants qui embrasèrent le monde en
déclenchant la guerre… *» ?
N’était-ce pas pour éviter de « …désespérer
la veuve et l’orphelin, les mutilés de guerre en leur rappelant
que ces sacrifices d’une guerre d’avant « la dernière » avaient été vain… *» ?
Aujourd’hui leurs voix sont venues jusqu’à nous.
Prêtons leur l’oreille, écoutons ce qu’ils
ont à nous dire ces acteurs de la première heure,
fiers moustachus, figurants graves raidis sous l’œil
d’un photographe. Ils nous disent le sang, la sueur et
la boue. L’horreur. La mitraille et la nuit. Leurs mères
et leurs enfants. L’horreur, l’horreur. Les travaux
des champs qui n’attendront pas. L’enfer sur terre.
La bêtise des gradés et parfois leur courage.
La peau douce d’une femme. L’horreur, et puis encore
l’horreur.
Sans oublier le temps qu’il fait… *Jean-Pierre Guéno dans Paroles de Verdun
LA FORME
UN CABARET Un Cabaret avec des chansons, des claquettes, des tours
de magie,
comme une grande foire, un genre de grande loterie où tout
le monde aurait perdu.
Des gueules cassées telles qu’elles sont devenues
avec leurs souvenirs,
et puis les mémoires de ceux croisés sur leur
route pendant cette Grande Guerre, leurs compagnons d’infortune.
UNE PAROLE
Elle devra être simple et sensible, rugueuse et violente,
gouailleuse et fantasque ; à
l’image de ces hommes, tous différents mais tous
unis dans la souffrance et la mort.
Nous voulons être les passeurs, l’écho de
ces voix qui jamais ne s’éteindront.
Nous serons la caisse de résonnance qui résiste à l’oubli.
UNE MATIERE
Les correspondances de guerre :
soumises au poids de la censure et de l’autocensure,
elles sont un signe de vie donné à ceux qui sont
restés.
Plus de 10 milliards de lettres furent échangées
pendant les quatre années que dura la guerre.
Les romans de fictions écrits par des combattants :
destinés à être publiés, ils furent écrit
pendant le conflit ou à postériori.
Ils rendent lisibles, grâce à la qualité de leurs auteurs,
les situations et les sentiments les plus innommables.
Les carnets de guerre :
d’une précision remarquable, ils sont le soutien indispensable à ceux
qui les rédigent au jour le jour,
mettant « leur cœur dans un carnet ».
Les Extraits de presse : Ils sont les témoins d’une société où la
censure et la propagande règnent, allant jusqu’à provoquer
en réaction, la naissance d’un journal encore existant :
Le Canard Enchainé.
L’EQUIPE ARTISTIQUE Mise
en Scène : Jean-Charles
Maricot Scénographie et éclairages : Wilfried Schick Avec : Jean-Yves Auffret, Mikaël Chirinian,
Magali Pouget et Pascale Heinisch